ANDRÉ MARZUK

Réflexions sur l’Art

Points de vue sur l’Art   1985-2019

Réflexions d’atelier

Format 21 x 21 cm / 104 pages en couleurs
Broché / Reliure dos carré collé / Pelliculé mat
Parution janvier 2021
15 €

En parallèle à mes recherches artistiques, j’ai poursuivi une réflexion sur l'Art, son sens, son rôle, et j'ai noté depuis 1985 mes pensées dans des carnets. Plutôt que de longs développements j'ai volontairement essayé d'écrire de petits textes concis, essayant ainsi de participer modestement au débat sur l’art contemporain, ainsi qu’à la reconstruction d'un sens profond pour l'Art des prochaines décennies.

André Marzuk
2021

 

79. Dans mon travail artistique, j’ai refusé d’adopter certaines attitudes comme l’ostentation, la superficialité et la vulgarité prégnante de notre époque. J’ai tenté d’explorer quelques universaux éthiques qui fondent notre humanité : la sincérité et l’amour désintéressé dans les Polylobes, la gratitude dans la suite de L’Offrande Picturale, la tendresse avec Concerto pour 2 cœurs. Dans cette société actuelle qui marche au carburant inverse, tout cela ne semble pas peser lourd. Mais peut-être que plus tard…  (27 février 2008)

87. J’ai pratiqué l’humour au second degré, j’ai pratiqué la provocation. Je l’ai fait à 20 ans, dans les années 68. Maintenant je me rends compte qu’une chose simple comme la vérité est vraiment révolutionnaire et c’est ce à quoi j’essaie de m’atteler : un art de la vérité. J’entends déjà certains de nos philosophes me dire, dubitatifs, que la vérité n’existe pas. Pensez comme vous voulez, mais je sais que la loi des contraires mène le monde et que si l’on y trouve le faux, le vrai doit y être nécessairement. Ils rétorquent "tout est relatif", sans se rendre compte que si le relatif existe, selon la même loi, l’Absolu existe nécessairement.  (2 mai 2009)

91. Je suis rebelle à tous les dogmes, y compris ceux d'une esthétique contemporaine officielle qui imposent une inscription dans le politique comme un nouvel académisme. Mon travail s’inscrit dans une conception poétique d’un art en recherche de vérité. D’accord en cela avec le propos de Man Ray quand il dit : "Il n’y a pas plus subversif que la vérité" ou avec Giacometti disant : "L’art m’intéresse beaucoup, mais la vérité m’intéresse infiniment plus…"  (22 octobre 2009)

99. Dans son trait de dessin il faut avoir en même temps de la douceur et de la force, en fuyant la mièvrerie autant que le maniérisme. Je pense qu’il faut que chaque trait de dessin soit saturé d’énergie, et qu’entre les différents traits d’un dessin on perçoive un rythme et une danse. Pour insuffler cela à un trait de crayon, pour que cela devienne apparent, il est nécessaire que ces trois états – énergie, rythme et danse – soient assimilés en nous. Ce n’est pas uniquement un problème technique, c’est en vivant à l’intérieur de nous que ces éléments vitaux deviendront manifestes. Pour faire un grand dessin, ces choses sont nécessaires mais, hélas, non suffisantes. Après, c’est le grand mystère de l'Art...  (22 septembre 2010)

100. Voici trois tristes dogmes de notre époque : tout artiste doit être inscrit dans le politique, toute femme dans la séduction, tout journaliste-chroniqueur dans l'impertinence. Notre pauvre époque qui se croit à l'avant-garde !  (7 février 2011)

102. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours lutté contre tous les académismes en art. À 16 ans contre l'académisme bourgeois du XIXe siècle, à 18 ans, en entrant aux Beaux-Arts de Paris, contre l'académisme moderne des années 60, qui imposait d’être dans l’abstraction de l’Ecole de Paris. Et depuis les années 80, contre le nouvel académisme de l'art contemporain ministériel, étatique et financier, qu'il soit français ou international. Je ne me suis jamais soumis au diktat esthétique de l'époque. Aujourd'hui encore, je refuse de me soumettre à un art officiel malade de non-sens, gangrené par l'argent et métastasé par quelques artistes psychopathes qui déversent leur mal-être sur les autres comme une vengeance. Les spectateurs fuient un soi-disant art qui n'en a plus que le nom. Dissident j'étais à vingt ans, dissident je reste à soixante. (7 avril 2011)

107. Certains galeristes me reprochent une trop grande créativité formelle qui empêcherait de reconnaitre facilement mon travail, et qui ferait que, finalement, je n’ai pas de style. Il faut dire que tellement d’artistes contemporains ont passé leur vie à faire toujours la même chose – je me refuse à citer des noms – que l’on pourrait comprendre cette critique tant notre regard sur l’art contemporain s’y est habitué. Concernant mes recherches artistiques, je n’ai jamais mis la forme au premier plan, mais toujours le fond. Et si j’ai une originalité qui me démarque de beaucoup de mes contemporains et bien, tant mieux ! C’est parce que je n’ai, vis à vis de la forme, aucune inhibition ! Je me sens entièrement libre de m’exprimer. Et tant mieux si je me renouvelle, cela me semble être le signe d’un vrai créatif. Dans un de mes "Points de vue sur l’Art", j’écrivais déjà, en 1994, que ma peinture essaye de "rendre compte de visions, sensations et émotions plus subtiles, plus profondes, plus complètes. Cela sans jamais me polariser sur des problèmes de "forme" mais en cherchant – et en assujettissant – la forme qui me semble la plus adéquate à l'émotion recherchée." Il me semble quand même paradoxal que, d’un coté, on trouve Picasso génial parce qu’il manifestait une capacité à se renouveller sans cesse et que, de l’autre, des "professionnels de l’art" puisse me le reprocher ! Je crois surtout que c’est la mentalité qui a changé. Nous vivons une époque de désorientation intellectuelle où l’on prend trop souvent les moyens pour le but, le faux pour le vrai et la médiatisation pour le talent.  (21 février 2012)

114. Costa-Gavras, parlant sur France 2, dit qu'il existe une production cinématographique qui veut aller vers le public, mais qu'il faut aussi que le cinéma d'auteur crée des films qui emmènent le public vers le cinéma, c'est-à-dire ne pas faire un produit mais une œuvre, c'est-à-dire de l'Art. Je pense exactement la même chose concernant la peinture et le dessin. Dès que le système financier se mêle d'art, on trouvera toujours des produits. Et nous, nous devons continuer, envers et contre tout, à essayer de créer des œuvres d’art.  (24 novembre 2013)

119. Un artiste célèbre a dit "je ne cherche pas, je trouve." Cela me semble prétentieux et absurde car personne, dans aucune science, ne trouve quelque chose sans recherches. C’est la loi de causalité qui impose cela. Un artiste authentique est nécessairement un chercheur. En ce qui me concerne j’ai passé ma vie à chercher et, de temps en temps, j'ai eu le bonheur de trouver.  (14 août 2015)

125. Pour être artiste il faut être poète et pour être poète il faut avoir gardé vivante en soi la fonction d'émerveillement. Sinon, on sera un artiste avec une fonction intellectuelle, mais pas un artiste au plein sens du terme, qui possède la fonction intellectuelle, mais ne s'y limite pas. Il nous faut les deux fonctions, et mettre en équilibre le cœur et l'intellect.  (28 septembre 2017)